Prédication dimanche 20 octobre 2013

 

 

Matthieu 5, versets 38 à 48 :

 

« Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs » cette invitation de notre Seigneur nous laisse parfois perplexes. Dans l’absolu, ce serait effectivement un idéal de pouvoir se dire que dans certaines situations nous devrions garder un regard bienveillant sur celui ou celle qui nous fait ou qui nous a fait du mal. Mais dans la pratique cela reste souvent difficile, parfois même impossible. Car « aimer » son ennemi ce serait faire preuve d’une certaine forme de masochisme et peut être même justifier des actes ignobles. Tout comme « tendre l’autre joue » quand on vous frappe la première : si l’on réfléchit avec un minimum de fierté humaine on aurait plutôt envie de rendre coup pour coup.

 

Et nous avons tous ces exemples dans nos vies où nous nous sommes sentis bafoués, où nous avons peut-être subi la violence des autres, et bien souvent notre réaction à été de dénoncer, de fuir, de contre-attaquer, mais certainement pas d’aimer notre ennemi ou de lui tendre l’autre joue. Et nos réactions face à la violence des autres, qu’elle soit physique, verbale, ou encore sous la forme d’un harcèlement plus silencieux, nos réactions ne sont en rien condamnables.

 

Parfois la violence extrême appelle la violence extrême, et c’était également tout le débat intérieur du pasteur Bonhoeffer pendant la guerre : pour lui, s’il avait l’occasion de tuer Hitler lors d’un attentat il devait le faire sans trop réfléchir. Et en cela il ne relativisait pas la violence qu’il allait endosser, à savoir donner la mort à une personne par un acte prémédité, un assassinat. Mais pour lui, il s’agissait de la solution la plus juste, bien qu’elle reste mauvaise en soi.

 

La violence appelle parfois la violence, mais pour autant si Jésus nous invite dans ce texte à aimer nos ennemis et à tendre l’autre joue, ce n’est certainement pas par provocation, ou par masochisme, ou encore parce que le christianisme est une religion de « faibles » comme dirait Nietzsche.

 

Non, si Jésus nous invite à cette bienveillance ce n’est pas non plus pour nous condamner parce que nous ne serions pas arrivés à le suivre. « Aimer son ennemi » c’est sans doute un des plus forts et sinon, le plus difficile des commandements qui nous est demandé ici. Et il n’a pas pour but  d’enfermer l’homme dans quelque chose d’impossible à réaliser, bien au contraire, il souhaite avant tout montrer un horizon nouveau, une autre réalité, qu’à priori nous n’aurions pas même envisagés.

 

 Il s’agit ici d’un commandement qui souhaite libérer l’homme et non pas le soumettre ou l’humilier. Car tendre l’autre joue, ou même aimer son ennemi cela revient à littéralement casser la spirale de la violence. C’est poser un acte ou donner une parole, qui met fin à la surenchère de la violence, on ne peut plus donner coup pour coup  puisqu’il n’y a plus aucune prise.

Et de nos jours, de grands spécialistes en psychologie et ou dans l’étude du comportement se sont même penchés sur ces questions de non violence et de ce qu’ils appellent « la communication non violente ». Et ces grands spécialistes ont conclu que l’empathie était la seule façon de pouvoir aller au delà de la violence. L’empathie, c’est à dire notre capacité à comprendre l’autre, à lui faire une place, à prendre en compte son malaise et ce qu’il souhaite exprimer.

 

Et vous avez des bouquins entiers qui vous montrent la manière de désamorcer un conflit, ou une situation qui tombe dans la violence, simplement en gardant beaucoup de calme et en essayant de comprendre le malaise que la personne en face souhaite exprimer. Certaines techniques se rapprochent véritablement de notre texte de ce dimanche.

 

Il est important de redire qu’il y a toujours un autre chemin possible que celui de la violence, cette violence que nous ne sommes pas obligés de subir, cette violence qui ne nous lance pas non plus le défi de la surenchère.

 

Aimer son ennemi, prier pour lui, c’est aussi une porte ouverte vers le pardon et le pardon est également un élément essentiel de notre foi chrétienne. Et là aussi pardonner ce n’est pas faire preuve de faiblesse. Mais bien au contraire, pardonner c’est faire preuve de force, en montrant que soi-même on peut aller au-delà de la violence et que celle-ci n’a en aucun cas le dernier mot sur nos vies. Combien de personnes meurent chaque jour littéralement mais aussi humainement  de ne pas  pouvoir pardonner ? Combien de vies brisées, de destins cassés simplement parce qu’on n’a pas pu à un moment donner des paroles de pardon.

 

Le pardon reste quelque chose de difficile mais de possible et la meilleure façon de le démontrer est encore de vous faire part d’une situation où le pardon a été vécu concrètement voire aussi physiquement.

 

Une femme, engagée dans la Résistance pendant la seconde guerre mondiale, raconte comment elle fut déportée au Struthof. Et après avoir subi de nombreux sévices corporels infligés par les médecins, elle s’en était finalement sortie, elle était sortie de ces camps de l’horreur, mais avec des séquelles graves qui souvent la clouaient au lit tellement la douleur était encore vive, même des années après.

Elle acdû  même abandonner sa carrière de pianiste, sa vie semblait alors brisée.

  Cette femme raconte, qu’après les camps elle s’est retrouvée devant une sorte de néant, un désespoir profond.

Un tel désespoir qu’elle songeait au suicide : trop d’horreur, trop de souffrance avaient été subis.  Et d’ailleurs ses deux camarades d’infortune, médecins, s’étaient tous les deux suicidés après leur sortie du camp, ne pouvant vivre avec le poids de la violence qui leur avait été infligée.

 

Et bien cette femme raconte que ce n’est que grâce à la foi, à la prière, qu’elle a pu un jour sentir que Dieu était présent à côté d’elle, que Dieu la soutenait, bien sûr, il ne mettrait pas fin à ses souffrances d’un coup de baguette magique ; il n’effaçait pas non plus le passé, mais Dieu lui montrait qu’il était plein d’amour pour elle, qu’il la rejoignait jusqu’au plus profond de son désespoir, de sa révolte. Un soutien, une force qui lui demandait d’avancer malgré tout.

Oui, C’est cette seule certitude qui a fait vivre cette femme ; Dieu était là, Dieu lui montrait qu’elle pouvait vivre au delà de toute la violence qu’elle avait subie.

L’histoire ne s’arrête pas ici. Un jour elle reçut un coup de téléphone, à l’autre bout une voix confuse demandait à la rencontrer : il s’agissait d’un de ces anciens bourreaux du camp du Struthof, qui souhaitait lui demander pardon, mais pas au téléphone, en faisant cette démarche de venir la rencontrer..

C’est ainsi qu’un jour qu’elle reçut son ancien bourreau chez elle ; non seulement elle le reçu, mais  elle lui pardonna. Non pas du bout des lèvres, mais elle sentit un élan en elle qui la poussa à  agripper l’homme pour le serrer dans ses bras et pleurer avec lui.

 

 Oui, elle venait de pardonner, par la prière et en ayant eu un élan de compassion et d’amour envers son bourreau, envers un homme tout simplement.

 

C’est ce qui lui a permis de continuer à vivre en regardant vers l’avenir, en gardant foi en l’homme. Ainsi voilà concrètement, la façon dont nous sommes appelés à pardonner, à aimer nos ennemis.

Et je voudrais encore vous lire les quelques paroles qu’a ajouté cette femme  à propos de l’horreur qu’elle a vécue: « Quand je rencontre des personnes qui me disent : « comment Dieu peut-il permettre une chose pareille ? Ma réponse est la suivante : Dieu ne veut pas le malheur pour l’homme. Il l’a créé pour le bonheur. Il voit le monde, avec non seulement le mal que font les hommes , mais aussi la prolifération des microbes qui engendrent des maladies, les accidents, les catastrophes naturelles, et bien d’autres choses encore. Le monde est, me semble t-il, encore en devenir. Le monde est appelé à être divinisé. Le rôle, la responsabilité de l’homme est d’aider le monde à aller vers son accomplissement ». Voilà le message de cette femme, ainsi soyons tous armés de la prière, soyons tous armés de compassion, soyons tous armés de la Parole de Dieu : voilà notre armure spirituelle qui nous aidera à vaincre la mal et à devenir des témoins de Dieu. Amen.